La Syrie et les puissances occidentales: un problème international

Par : Yassin Al-haj Saleh

19/9/2015

AlQuds Journal

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 Dès le début, la manipulation occidentale du conflit syrien a été caractérisée par un ensemble de caractéristiques contestables, soulevant des questions sur les compétences politiques et intellectuelles des dirigeants politiques et des élites de l’Ouest. La plus importante de ces caractéristiques est de traiter les conséquences plutôt que les racines et les causes du conflit, et donc de limiter la vision politique à une couche superficielle de la réalité, non seulement sans profondeur historique, mais également sans compréhension de la scène et des dynamiques du conflit en cours.

 La seconde caractéristique est l’absence d’un fondement claire des valeurs relatives aux questions de la justice, la liberté et la dignité humaine, et souvent, un manque d’une vision politique concernant le conflit, et une adhésion à l’approche de «gestion de crise» qui, en ignorant la dimension morale, fait face seulement aux derniers développements. Cela mène, à long terme, à rendre les questions claires des problèmes ambigus, et complexifier des problèmes déjà bien difficile.

 La troisième caractéristique est la perception fragmentaire qui désassemble le conflit en parties séparées, et puis, fait face à certaines questions plutôt que les autres, alors que le conflit, et ainsi contribue à rendre encore plus difficiles les conditions du conflit. A cette caractéristique, la fragmentation de la perception, est lié un quatrième aspect, à savoir l’absence d’une perspective mondiale pour faire face à des questions qui sont, elles-mêmes, déjà en partie globales, et qui sont devenues encore plus internationales au cours des derniers quatre ans et demi de conflit.

 Un exemple bien remarquable de l’autolimitation au traitement des résultats, est la politique européenne sécuritaire à l’égard des réfugiés syriens, selon laquelle ils sont considérés comme les victimes d’une crise humanitaire détachée de ses racines politiques. Pourtant, l’exemple le plus éminent de la perception fragmentaire est la focalisation de l’attention internationale pendant la dernière année et demie sur l’EI: l’entité nihiliste enragée qui est à la fois une organisation terroriste, un régime politique fasciste et une occupation coloniale. Il est bien connu que les Etats-Unis dirigent, depuis près d’un an, une coalition internationale qui lutte contre l’EI, une guerre décrite par Martin Dempsey, chef d’état-major des armées des Etats-Unis, et par Julie Bishop, ministre australien des affaires étrangères, comme «potentiellement durable pour des générations». Alors qu’une attitude de «pardonner et oublier» est adoptée quant au régime d’Assad, dans la mesure d’interagir avec lui ; il y a même des politiciens et des «experts» proposant de considérer Assad un allié dans cette guerre. Cette attitude n’est pas seulement injuste et irresponsable, et ses partisans ne sont pas seulement moralement plus corrompus que la poignée de dirigeants arabes qui ont interagi avec l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale (les Arabes n’avaient pas suffisamment d’informations sur le troisième Reich à l’époque, et leurs pays étaient occupés par des puissances européennes); mais aussi, et même à partir du même point de vue pratique par lequel ces politiques sont uniquement concernées, c’est une politique qui a échoué et qui ne donnera jamais des fruits.

 La racine du problème en Syrie est un régime tyrannique qui a gouverné le pays pendant 45 ans, et qui a continuellement manifesté son empressement à commettre des meurtres de masse de son peuple. Les organisations radicales, parmi lesquelles sont Jubhat al-Nusra et l’Etat islamique, ont émergé, comme elles avaient déjà apparu en Irak et en Afghanistan, à la suite de la dévastation qui avaient ravagé le pays, la société et l’économie. En Syrie, cependant, cette dévastation n’avait pas été perpétrée par une invasion étrangère, mais plutôt par une «occupation interne», pour ainsi dire. Ces groupes nihilistes ont bénéficié, d’autre part, de la privation de Syriens de la justice à l’échelle mondiale, et de la privation de la protection et du soutien, qui avaient tous été demandés par les Syriens et demeurés sans réponse. Les gens abrogent la confiance qu’ils ont en une justice internationale qui est indifférente et qui ne répond pas à leurs souffrances, ce qui, à son tour, offre un bon environnement pour des élites islamistes pour investir dans la frustration de nos sociétés à fin de justifier leurs ambitions pour une domination sans restriction.

 Cependant, depuis l’apparition de ces groupes nihilistes, une plus complexe situation nous a été présentée: un régime de coterie  qui inébranlablement massacre au quotidien des dizaines, souvent des centaines, issus de son peuple, en utilisant les barils d’explosifs, les armes chimiques, les avions militaires, les chars , et les roquettes d’artillerie, mais aussi le siège, la famine et la torture jusqu’à la mort. Le comble est une entité terroriste nihiliste exerçant une spectaculaire violence, et rivalisant les Assadistes de criminalité, bien qu’elle ait un record plus pauvre de victimes : 1 à 7.

 Ce qui peut être une solution réaliste, c’est de se débarrasser de ces deux forces criminelles, non seulement de l’une d’entre elles. Depuis l’émergence de l’EI, la résolution du problème syrien n’est plus subordonnée à la chute du régime Assad seul – le but d’origine qui a déclenché la révolution, et il n’est plus possible de construire un accord ou d’une nouvelle majorité syrienne sur cet objectif. En revanche, l’établissement d’une nouvelle majorité syrienne ne peut pas être fondé sur l’affrontement de l’EI, tout en épargnant la racine du problème, à savoir le régime d’Assad, qui a tué et causé la mort de plus de 250.000 Syriens. Les Américains qui étaient intéressés par la formation de 5000 combattants «modérés», sous la condition qu’ils luttent exclusivement contre l’EI, en ont obtenu 60!

 Ce qui peut être la base pour construire une nouvelle majorité syrienne c’est un grand compromis historique qui tourne la page sur le chapitre du régime dynastique criminel Assadiste, et qui lie cet objectif à un engagement dans une guerre de libération contre l’EI afin de détruire cette entité terroriste et raciste, reconquérir les territoires de la Syrie (et l’Irak) occupés par lui et expulser les djihadistes étrangers.

 La construction d’une nouvelle majorité syrienne est le standard sérieux d’une politique qui participe efficacement à résoudre le problème syrien et à établir une nouvelle Syrie différente.

Les Nations unies, les puissances occidentales – et les Etats arabes, naturellement – peuvent tous contribuer à en faire une réalité. Chaque jour supplémentaire dans cette situation de violence rend les problèmes pires et plus intraitables. Ce qui a mené à l’impasse actuelle c’est la paralysie de la justice et l’absence d’une vision politique internationale.

 L’abandon des Syriens a conduit à des conditions horribles : l’émergence de l’EI; une détérioration des règles politiques et humaines et une expansion de la haine dans le monde d’aujourd’hui. Ce qui a commencé comme une révolution syrienne digne de solidarité et de soutien est devenu aujourd’hui une crise mondiale gérée par une approche de gestion de crise élitiste et, en fin de compte, futile. L’absence d’une perspective globale pour affronter un problème qui se situe à l’intersection de la tyrannie, la discrimination, l’occupation coloniale, le terrorisme et l’échec de la justice internationale; et la considération du problème syrienne comme un problème des Syriens ou, peut-être, un problème du Moyen-Orient dont la solution est une combinaison d’une guerre sans vision politique ni cause juste et une diplomatie arrogante et stupide. Cette perspective étroite est, tout comme le problème syrien, un problème mondial.

 J’ai mentionné un exemple du traitement des résultats: la politique d’asile de l’Europe occidentale, vers laquelle il est difficile de ne pas être méprisant. J’ai également mentionné un exemple du traitement fragmentaire: la séparation du problème de l’EI de celui d’Assad. Cependant, l’indicateur le plus évident de l’atrophie des sensibilités humanitaires c’est que ce que nous recevons, en tant que Syriens, de la part des puissances occidentales faisant face à notre conflit c’est la suggestion que la solution occidentale du problème de l’EI soit de soutenir Bachar al-Assad. Il est difficile de trouver les mots capables d’exprimer l’étendue de l’infériorité morale de cette attitude, et je répète qu’il est, en effet, beaucoup plus méprisable que le soutien de certains Arabes d’Hitler il y a 75 ans.

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